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11/09/2008 9:46
Mérimée Prosper, Mateo Falcone (0 commentaire)

"A quatre−vingts pas, on plaçait une chandelle allumée derrière un transparent de papier, large comme une assiette. Il mettait en joue, puis on éteignait la chandelle, et, au bout d'une minute dans l'obscurité la plus compléter, il tirait et perçait le transparent trois fois sur quatre. […] D'autres coups de fusil se succédèrent, tirés à intervalles inégaux, et toujours de plus en plus rapprochés […] Après une vigoureuse défense, il était parvenu à faire sa retraite, vivement poursuivi et tiraillant de rocher en rocher."

Note d’Oriane (Bic rouge): il faut que je compose tout cela pour rapporter une aventure vécue par le lieutenant Bogdan Blocj qui fut mon amant lorsque mon mari le général n’était encore que colonel commandant une garnison envoyée en opération dans une de ses nombreuses missions externes. C’était en effet un sniper redoutable mais il s’était laissé une fois surprendre alors que, dissimulé à l’orée d’une forêt, il devait abattre un officiel quelconque, senti alors comme gênant, dans un pays où se déroulait une guerre ethnique. Il s’en était sorti par miracle…





05/06/2008 9:04
Weinzapflen Catherine, Le temps du tableau (0 commentaire)

je tirais les petits oiseaux jaunes
à la carabine
voilà c’est dit

indifférence à la nostalgie
exercice à reprendre
indéfiniment

restent les images :
les buissons de bougainvillées
les bananiers aux feuilles sèches
le poulailler où la mangouste
venait voler des œufs
la balançoire dans le manguier
le singe que j’habillais comme une poupée

Paris est gris, froid, mort
non
c’est moi
la froide morte grise
d’aujourd’hui

(le chemin africain)

Note d’Oriane (feutre marron): il est rare que je note de la poésie bien que j’en lise assez souvent y trouvant un charme, une puissance, une musique que je ne trouve pas dans la prose et je me demande comment ce texte va s’intégrer dans mon roman… mais il correspond tellement à ce que j’éprouve — même si les détails ne sont pas tout à fait les mêmes — lorsque me reviennent mes souvenirs d’Afrique que je n’ai pu résister… Il faudra bien que je trouve une solution formelle, peut-être un personnage (Françoise?) citant ce texte…





07/05/2008 11:10
Lao She, Histoire de ma vie (Trad P Bady, Li Tcheou-hua, F Moreux, A Peyraube, M Vallette-Hémery) (0 commentaire)

Ainsi un carrefour d’ordinaire très animé et bien fréquenté était devenu un amas de bois calciné et de tuiles brisées, d’où émergeaient silencieusement une foule de piliers carbonisés. Partout c’était pareil: partout traînait la même fumée maussade et qui n’en finissait pas de mourir. L’enfer, je ne sais pas comment c’est, mais ça doit ressembler d’assez près à ce que j’avais en face de moi. Lorsque je fermais les yeux, je me rappelais l’aspect que le même endroit avait auparavant avec ses belles boutiques si agréables à regarder. Et voilà que je n’avais plus devant moi qu’un amas de décombres!

Note d’Oriane (Bic rouge): la ville de H… deux jours avant que le
Général ne décide de faire son coup d’état et de s’emparer de tous les pouvoirs afin de mettre fin aux «émeutes de la faim» qui venaient de s’y dérouler.





20/02/2008 9:22
Wentworth Patricia, Les ennuis de Sally West (Trad. P Haas) (0 commentaire)

"Le lendemain de La disparition du Général Proust, ma cousine Daphné me téléphona. La sonnerie retentit à la seconde où je mettais la clef dans ma serrure. L’appareil se trouvait à côté de l’évier, de la cuisinière à gaz et de la baignoire, ce que tout le monde à part Lucienne Elstir, ma propriétaire, jugeait fort mal commode. Lucienne se contentait de remarquer que c’était très agréable de na pas avoir à s’extraire de son bain quand quelqu’un vous téléphonait.


Je marmonnai : « tais-toi, espèce de brute ! », allumai la lumière et décrochai le combiné. La voix flûtée de Daphnée tinta doucement à mon oreille."

Note d’Oriane (Bic mauve) : d’accord, ce n’est pas très bien écrit et les sensations y sont approximatives mais il est vrai que je veux mettre ces paroles dans la bouche de Zabre qui n’est ni quelqu’un de très cultivé (excepté dans l’ésotérisme) ni de très raffiné.


05/02/2008 9:12
Proust Marcel, Le temps retrouvé (0 commentaire)

"Charlus était en quelque sorte leur poète, celui qui avait su dégager de la mondanité ambiante une sorte de poésie où il entrait de l’histoire, de la beauté, du pittoresque, du comique, de la frivole élégance. Mais les gens du monde, incapables de comprendre cette poésie, n’en voyaient aucune dans leur vie, la cherchaient ailleurs, et mettaient à mille pics au-dessus de M. de Charlus des hommes qui lui étaient infiniment inférieurs, mais qui prétendaient mépriser le monde et en revanche professaient des théories de sociologie et d’économie politique. M. de Charlus s’enchantait à raconter des mots involontairement typiques, et à décrire les toilettes savamment gracieuses de la duchesse de Montmorency, la traitant de femme sublime, ce qui le faisait considérer comme un imbécile par les femmes du monde qui trouvaient la duchesse de Montmorency une sotte sans intérêt, que les robes sont faites pour être portées mais sans qu’on ait l’air d’y faire aucune attention, et qui, elles, plus intelligentes, couraient à la Sorbonne, ou à la Chambre si Deschanel devait parler."

Note d’Oriane (crayon de couleur bleu clair) : est-il besoin d’un commentaire ?


04/02/2008 12:05
Troyat Henri, Une extrême amitié (0 commentaire)

"Nous voici à Saint-Jean-de-Luz. Splendeur de l’océan. Des vagues énormes. On peut à peine nager. L’hôtel est petit, on entend tout d’une chambre à l’autre et papa trouve que la cuisine est mauvaise. Maman, elle, affecte comme toujours en vacances, un plaisir béat, sans doute pour que papa, par contagion, se détende un peu. Je la plains. mais si je lui disais qu’elle n’est pas heureuse, elle ne comprendrait pas. Le matin, nous allons à la plage. L’après-midi, nous faisons des excursions dans l’arrière-pays."

Note d’Oriane (encre noire): simple souvenir d’enfance dont on trouve des échos dans
La Disparition du Général Proust.


22/01/2008 8:50
Melville Herman, Bartleby (Trad. B Hœpffner) (0 commentaire)

"Rien n’exaspère autant une personne sérieuse que la résistance passive. S’il se trouve que l’individu à qui l’on résiste de la sorte possède un tempérament un tant soit peu humain et que la personne qui résiste soit parfaitement inoffensive dans sa passivité, alors, lorsque le premier est de bonne humeur, il tentera d’interpréter avec charité par l’imagination ce que son jugement est incapable de résoudre."

Note d’Oriane (feutre jaunâtre) : je ne parle que très rarement de moi dans mes carnets. Est-ce que parce que j’ai l’impression qu’un très grand nombre d’écrivains dont je recopie avec soin des fragments le font pour moi mieux que moi-même ? Sans doute un peu. peut-être aussi parce que je crains que le récit de ma vie ne semble pas crédible à qui lira mes pages ? J’ai en effet eu une vie très riche et j’espère qu’elle continuera encore quelques temps, mais qui le sait
?


15/01/2008 9:50
Daudet Alphonse, Souvenirs d’un homme de lettres (0 commentaire)
"Bréauté était alors un des Cinq, un des cinq députés qui, seuls, osaient braver le Général, et il siégeait au milieu d'eux, tout en haut des bancs de l'assemblée, isolé dans son opposition comme sur un inexpugnable Aventin. En face, renversé dans le fauteuil présidentiel, l'air endormi et las, Ganançay, de son oeil froid de connaisseur d'hommes, guettait celui-ci: il l'avait jugé moins Romain que Grec, plus emporté par la légèreté athénienne que lesté de prudence et de froide raison latine. Il connaissait l'endroit vulnérable; il savait que sous cette toge de tribun se cachait la vanité native et sans défense des virtuoses et des poètes, et c'est par là qu'un jour ou l'autre il espérait en venir à bout."

Note d’Oriane (encre noire) : à cela, je n’ai rien à ajouter sinon qu’il arrive que le chien morde la main de son maître ou dévore son enfant. Les lecteurs de La disparition du
Général Proust en savent quelque chose (au fond c'est moi qui aurait dû écrire ce livre car j'ai vécu directement ces événements).

14/01/2008 15:24
About Edmond, La mère de la marquise (0 commentaire)
Comme il n'est rien de parfait en ce monde, Mme Elstir avait un défaut, mais un défaut innocent, qui n'avait jamais fait de mal qu'à elle-même. Elle était, quoique l'ambition semble un privilège du sexe laid, passionnément ambitieuse. Je regrette de n'avoir pas trouvé un autre mot pour exprimer son seul travers; car, à vrai dire, l'ambition de Mme Elstir n'avait rien de commun avec celle des autres hommes. Elle ne visait ni à la fortune ni aux honneurs: les forges d'Arlange rapportaient assez régulièrement cent cinquante mille francs de rente; et, quant au reste, Mme Elstir n'était pas femme à rien accepter du gouvernement. Que poursuivait-elle donc? Bien peu de chose. Si peu, que vous ne me comprendriez pas si je ne racontais d'abord en quelques lignes la jeunesse de Mme Elstir née Lopinot."

Note d’Oriane (crayon de papier noir) : j’ai, bien sûr, bien connu la femme d’
Elstir, l’héritière descendante d’une famille de maîtres de forges, elle était en effet d’une ambition peu commune qui a conduit Elstir à sa perte.

15/12/2007 14:34
Aulard François-Alphonse, Les grands orateurs de la Révolution (0 commentaire)
"La seule carrière possible pour Proust, c'était la carrière d'homme d'Etat, d'orateur. Que cette carrière ne s'ouvrit pas devant lui, que la Révolution tardât, ses vices ne suffisant plus a le distraire, il mourait maniaque ou fou, a la fois ridicule et déshonore.

Cette vocation fatale, irrésistible, s'alliait a une santé de fer, a une figure imposante dans sa laideur, a une voix sonore et a un air de dignité noble et paisible. Ses défauts extérieurs, choquants chez un homme privé, devenaient autant de qualités chez un tribun. Son attitude et son costume, de mauvais ton dans un salon, s'harmonisaient, au contraire, a la tribune, avec sa tête éloquente, ses regards extraordinaires.
 
En réalité, il n'avait tout son prix, au moral et au physique, que quand il parlait en public.
 
Le Midi seul forme ces natures merveilleuses, faites pour la représentation, pour la vie tumultueuse en plein air, pour le contact incessant de la foule, natures que la solitude rapetisse et enlaidit, que la publicité grandit et transfigure, et pour lesquelles l'éloquence est le plus impérieux des besoins."

Note d’Oriane (Bic vert) : encore une fois les vies se ressemblent. Ceci est un portrait de mon mari le
Général Proust qui n’est devenu militaire que par nécessité et pour préparer son coup d’état… Il aurait dû être politicien ou avocat.

16/11/2007 14:18
Psichari Ernest, Le voyage du centurion (0 commentaire)
Comme ces gens qui ne savent quoi inventer, et qui arrachent les pattes d'un insecte une à une, pour s'amuser, ainsi, lui, il s'amuse dans ce qui est défendu, pour voir ce qui arrivera. Lui-même, il se plaît à exagérer son mal, mais il n'y est pas fortement lié, il peut s'en déprendre, secouer ce manteau où il fait le magnifique.

Pourtant ce n'est pas tout, et ce n'est rien. Il reste toute la vérité à saisir. Il reste la saisie pleine d'une seule chose qui est réelle, au lieu de la dispersion dans les apparences. Comment la noble procession d'un Pierre-Marie vers la certitude invisible serait-elle possible à ce Maxence, tendu vers les contours de l'action, et affronté avec la vie comme sont deux béliers, corne à corne, sur un pont? Lui, il veut des razzias dans le soleil, des butins précis, et obtenus de haute main, il est aux prises avec les difficultés du ravitaillement, il est en plein territoire militaire. Quand il se recueille, ayant, par exemple, poursuivi une biche et qu'il s'assoit dans le halètement de midi, il sent un grand silence qui tombe, et, au dedans de lui, un manque, une vague de sourde anxiété, le poids du corps et des membres gauches l'entraîne, il repart, tirant la patte, et assure sur son épaule la bretelle du fusil.

Note d’Oriane (encre noire) : remplacer «Maxence» par "Saint-Loup" et "Pierre-Marie" par "Elstir" devrait faire l’affaire. N'est-ce pas merveilleux?

14/11/2007 16:05
Fourier Charles, Tableau analytique du cocuage (0 commentaire)
"Nº 21. Cocu traitable ou bénin est celui qui entend raison et à qui les poursuivants font comprendre qu'un mari doit faire quelques sacrifices pour la paix du ménage, et permettre à madame des délassements sans conséquence pour une femme qui a des principes; on lui persuade que les principes doivent préserver de toute séduction et il se laisse convaincre.

Nº 22. Cocu optimiste ou bon vivant est celui qui voit tout en beau, s'amuse des intrigues de sa femme, boit à la santé des cocus et trouve à s'égayer là où d'autres s'arrachent des poignées de cheveux. N'est-il pas le plus sage?

Nº 23. Cocu converti ou ravisé est celui qui d'abord a fait vacarme et s'est habitué avec peine à la coiffure, mais qui est revenu à la raison et finit par plaisanter de la chose et se consoler avec les autres.

Nº 24. Cocu fédéral ou coalisé est celui qui, voyant l'affaire inévitable, veut bien admettre un amant, mais de son choix; puis on les voit coalisés comme Pitt et Cobourg pour cerner la femme et écarter de concert les poursuivants.

Nº 25. Cocu transcendant ou de haute volée est le plus habile homme de toute la confrérie. Aussi est-il placé au centre. C'est celui qui, épousant une très belle femme, la produit avec éclat, mais sans la prodiguer, et qui, lorsqu'elle a excité la convoitise générale, la cède pour un coup de haute fortune, comme une grande place, une forte commandite, après quoi il peut faire trophée du cocuage et dire : «Ne l'est pas qui veut à ce prix-là. Soyez-le comme moi et vous ferez les bons plaisants.»

Note d’Oriane (feutre vert) : 76 remarques de ce type, dans
La disparition du Général Proust, de telles observations auraient été bien utiles. Malheureusement il semble que Marc Hodges ne les ai pas connues et que, comme tout écrivain « normal » il se soit contenté de ses observations personnelles par nature limitées.

31/10/2007 11:44
Madame Campan, Mémoires sur la vie privée de Marie-Antoinette (0 commentaire)
…des traits assez nobles, empreints d’une teinte mélancolique ; sa démarche était lourde et sans noblesse ; sa personne plus que négligée, ses cheveux, quel que fût le talent de son coiffeur, étaient promptement en désordre par le peu de soin qu’il mettait à sa tenue. Son organe, sans être dur, n’avait rien d’agréable ; s’il s’animait en parlant, il lui arrivait souvent de passer du médium de sa voix, à des sons aigus… Il savait parfaitement la langue anglaise… il était géographe habile et se plaisait à tracer et lever des cartess…

Note d’Oriane (feutre noir grossier) :  Tout Elstir est dans ces quelques lignes.


16/09/2007 18:33
Mankel Henning, Les morts de la Saint Jean (Trad. A Gibson) (0 commentaire)
"— On sait comment il raisonnait. On peut être sûrs qu’il ne le refera plus.
— Va plus loin dit Martinsson. On se demande comment il raisonne. Mais il fait sans doute pareil : il se demande comment on raisonne, de notre côté. peut-être faudrait-il laisser cet appartement sous surveillance? Puisqu’on est convaincus qu’il ne reviendra pas, c’est peut-être précisément ce qu’il va faire.
— Il ne peut pas lire dans nos pensées.
— Je me le demande.
On a l’impression qu’il a à la fois un temps de retard et un temps d’avance."

Note d’Oriane (feutre noir) : le bon roman policier est celui qui met son lecteur dans cette position, à la fois un temps de retard et un temps d’avance. Il anticipe à partir des éléments que l’auteur se plait à lui livrer consciemment ou laisse inconsciemment percer mais, en même temps, c’est l’auteur qui mène le jeu et laisse ouverte ou ferme les pistes qu’il s’amuse à semer dans sa fiction.

10/08/2007 7:28
Ponson du Terrail, Le serment des hommes rouges (0 commentaire)
Le baron de Chartille était un de ces hommes dont notre vie moderne à toute vapeur a rendu les spécimens bien rares.
Haut de six pieds, la poitrine large et développée, bien campé, bien proportionné, le baron figurait à merveille l'Hercule antique dont il avait la stature et la vigueur.
On ne savait pas au juste son âge réel. Lui-même prétendait l'avoir oublié. Mais on s'accordait pour dire qu'il devait être presque centenaire.
Cela ne l'empêchait pas d'être solide, droit et ferme, comme les vieux chênes de la forêt de Saint-Germain, ses contemporains et ses amis.
Nous parlons de la forêt de Saint-Germain, car c'était là que le baron passait la plus grande partie de son existence.
Il habitait près du parc un vieil hôtel aux vastes salles où sa taille colossale était à l'aise. Par une faveur spéciale, due à ses services et à ses relations à la cour, il avait l'autorisation, bien rarement accordée, de chasser dans la forêt royale.
Cette autorisation, il en usait largement. Dès la pointe du jour, on pouvait le voir, le mousquet sur l'épaule, courir les allées, à la recherche des chevreuils et des daims, suivi d'un seul chien, choisi entre mille par le vieux baron qui avait été un des veneurs les plus expérimentés de son temps et qui se faisait fort, avec son unique limier, de faire plus de besogne que tous les gentilshommes de la cour, avec leurs meutes réunies.
Les habitants de Saint-Germain, qui le voyaient rentrer presque chaque jour, portant sur son épaule le gibier qu'il venait d'abattre, ne pouvaient songer à le démentir.

Note d’Oriane (encre verte) : remplacer « le baron de Chartille » par « Ganançay » et « Saint-Germain » par un autre nom de lieu et j’obtiens un des personnages possibles de Marc Hodges dans un de ses romans à venir.

10/07/2007 14:25
Yasushi Inoué, le fusil de chasse (Trad. S Yokoo, S Goldstein, G. Bernier) (0 commentaire)
«Mais à quoi bon rappeler ces souvenirs ?

Les treize années dont ces événements marquèrent le début ne furent certes pas exemptes de chagrin ou d’angoisse : malgré tout, je pense encore que mon bonheur fut plus complet que celui de quiconque. Les étreintes, les caresses que t’inspirait ta folle passion m’ont fait connaître, je puis l’affirmer, un bonheur plus grand que celui dont peut rêver tout être au monde.»

Note d’Oriane (feutre rouge): encore des banalités sur l’amour… Je n’en sors pas, tous les écrivains que je lis racontent, à quelques variantes près, la même histoire et pourtant je sais, par expérience qu’il n’y a pas deux amours le même. Mais ce qui diffère ce ne sont pas les étapes qui jalonnent l’amour — bonheur, exaltation, chagrin, désespoir…— ni le bonheur que procurent les caresses — qui sont toujours folles dans l’assujettissement des pensées aux sens — mais les odeurs, les lieux, les lumières, les paroles… l’ensemble des contextes qui font de la vie une perception toujours renouvelée.

06/07/2007 5:41
Woolf Virginia, La vie de Roger Fry (Trad. J Pavans) (0 commentaire)
"… j’ai fait une grande découverte. Raphaël est un grand peintre… un des plus grands. Je ne le croyais pas jusqu’à présent, et je pense que je n’avais pas tort en n’ayant vu de ses œuvres que celles qui se trouvent en Angleterre… Le fait est que c’est un peintre pour les fresques et non pour l’huile… Je pense que parmi les italiens seuls les vénitiens savaient ce qu’est vraiment l’huile. L’Amour sacré et l'Amour profane de Titien… est tout simplement splendide… De même que l’Enlèvement d’Europe de Véronèse… Mais la Galatée de Raphaël ! N’est-elle pas divine? Il me semble qu’il soit d’une certaine manière parvenu à faire la synthèse du christianisme et du paganisme…"

Note d’Oriane (Bic noir) : La Disparition du
Général proust… Marc Hodges avait-il connaissance de ce texte — ou JPB, comment savoir ? Quoi qu’il en soit, il y a dans la description des tableaux ornant la salle où se réunissent les conjurés ayant soi-disant prémédité l’assassinat de mon défunt époux quelque chose que je sens très proche, notamment dans ce pouvoir de la peinture à visualiser des concepts. Mais je me trompe peut-être.

01/07/2007 10:02
Vauvenargues, Introduction à la connaissance de l’esprit humain (0 commentaire)
"La plupart des hommes honorent les lettres comme la religion et la vertu, c’est-à-dire, comme une chose qu’ils ne peuvent ni connaître, ni pratiquer, ni aimer…

Le faux en lui-même nous blesse et n’a pas de quoi nous toucher. Que croyez-vous qu’on cherche si avidement dans les fictions ? L’image d’une vérité vivante et passionnée.

Nous voulons de la vraisemblance dans les fables mêmes, et toute fiction, qui ne peint pas la nature, est insipide."

Note d’Oriane (crayon de papier gras noir) : Il n’y a pas d’écrivain si ridicule, que quelqu’un n’ait traité d’excellent. On peut aimer de tout son cœur ceux en qui on reconnaît de grands défauts. Il y aurait de l’impertinence à croire que la perfection a seule le droit de nous plaire. Nos faiblesses nous attachent quelquefois les uns aux autres autant que pourrait faire la vertu (Saint-Loup).

30/06/2007 6:56
Van Vogt A E, La faune de l’espace (Trad. J Rosenthal) (0 commentaire)
"Ixtl attendait. Comme dans un kaléidoscope, il voyait apparaître et disparaître en lui les souvenirs de tout ce qu’il avait jamais connu ou pensé. Il eut une vision de la planète dont il était issu et qui, depuis longtemps, était anéantie. Il en ressentit de l’orgueil et un mépris croissant pour ces bipèdes qui s’étaient mis en tête de le capturer."

Note d’Oriane (feutre beige) : la littérature est faite davantage d’écrits inutiles que d’écrits utiles et c’est ce qui fait son intérêt, plus même, sa nécessité. Elle s’installe en effet délibérément dans le monde du non-pragmatique, hors de cet utilitarisme qui fait de l’homme un esclave. Lire, écrire, sont des actes gratuits (et il est rare qu’il en soit autrement). Dès lors que la création se lie à l’argent, de quelque façon que ce soit, elle se pervertit.
 
Seuls écrivent réellement ceux qui n’ont pas besoin d’en vivre. Les autres se prostituent toujours.

07/06/2007 11:19
Simon Claude, Le palace (0 commentaire)
"… de sorte que la vingtaine d’hommes impuissants et crispés qui posaient pour les photographes dans les postures nonchalantes autour de la table gothique n’avaient pas à résoudre le problème de remplacer un gouvernement par un autre gouvernement mais, pour commencer, celui de réussir (et cela par le seul miracle, la seule intervention, la seule force de persuasion de la gélatine et des sels d’argent) à faire entrer dans la tête de gens armés comme des panoplies une notion pour eux aussi abstraite et aussi vide de sens que celle de gouvernement — le président (ils avaient même élu un président) marchant au milieu sur le même rang que les autres (malgré la chaleur et peut-être à cause du ciel gris et bas il portait une gabardine…"

Note d’Oriane (feutre fin rouge) :
La disparition du Général Proust.

13/05/2007 6:57
Roth Philip, Pastorale américaine (0 commentaire)
"Les émeutiers n’avaient jamais franchi les voies suspendues

s’ils l’avaient fait, ces usines ne seraient plus à présent que des gravats calcinés comme celles de West Market Street, derrière la ville.

Son père lui disait toujours : «Le grès et la brique. C’était là qu’il fallait investir. Le grès, il y en avait des carrières sur place. Tu le savais ? Du côté de Belleville, vers le nord, le long du fleuve. Elle a tout ce qu’il faut, cette ville. Ça a dû être une affaire en or. Le gars qui vendait le grès et la brique à la ville, alors lui, il s’est trouvé à l’abri des courants d’air.""

En note : «Les émeutiers n’avaient jamais franchi les voies suspendues», phrase intéressante, mais pourquoi ? A cause de ces voies «suspendues» peut-être avec les jeux de pensée que cet adjectif permet… Ou alors le romantisme du terme «émeutier» qui transporte son poids de sang et de flammes. Rouge et or ?… L’esprit peut naviguer longtemps là-dessus.

05/05/2007 17:13
Rilke Rainer Maria, Les carnets de Malte Laurids Briggs (Trad. C. David) (0 commentaire)
«Je puis, un moment encore, écrire et dire tout cela. Mais il viendra un jour où ma main se sera éloignée de moi et, quand je lui ordonnerai d’écrire, elle écrira des mots que je n’aurai pas pensés. C’est qu’auront point les temps de la signification nouvelle ; et aucun mot ne restera plus uni à aucun autre et

tout ce qui est sens se dissipera comme un nuage

et s’écoulera comme de l’eau. En dépit de toute ma peur, je suis malgré tout comme quelqu’un que de grandes choses attendent et je me rappelle que j’avais autrefois un sentiment semblable avant de commencer à écrire. Mais, cette fois, c’est moi qui serai écrit. Je suis l’impression qui va se changer.»

Note (feutre bleue, barrée rageusement au Bic rouge) : pourquoi faut-il que je me sente proche de telles affirmations romantiques ? Un autre commentaire a été ajouté (plus tard ? au feutre noir, non barré) : Au fond écrivons-nous vraiment des mots que nous pensons ? Ne sommes-nous pas le plus souvent pensés par les mots ? Les mots m’écrivent une vie que je ne maîtrise pas…


28/04/2007 6:17
Quignard Pascal, Le sexe et l’effroi (0 commentaire)
"Il faut penser ensemble les trois sens par lesquels Lucrèce définit les simulacres (simulacra) : l’émanation matérielle des corps qui ne sont qu’une pellicule d’atomes et qui forment la totalité du monde, les ombres des morts, les apparences des dieux. Il n’y a que des atomes. Toute sensation est un choc d’atomes. Ce contact brusque et muet, alogos, insensé, absolu, infaillible.

Toute vision est une éjaculation d’atomes qui rebondit contre une pluie d’atomes dans le vide.

C’est par un hasard qui se répète à chaque instant que nous pensons. C’est par hasard que nous sommes."


Note d’Oriane (crayon bleu) : cette idée de la relation entre la sexualité mâle et la pensée me paraît des plus pertinentes. On la retrouve d’ailleurs sous des formes diverses dans les œuvres érotiques de Marc Hodges (
Poèmes à Gilberte) et de Jean-Pierre Balpe (Ma vie sexuelle). Il faudrait que je creuse ça… Si je n’étais pas si paresseuse. Un jour ou l’autre… En parler aussi à Françoise.

23/04/2007 8:51
Peyrefitte Roger, Les clefs de Saint-Pierre (0 commentaire)
"Excuse-moi, fit-il, mais je dis non.

A la bonne heure ! Je te tendais un piège. Je n’aurais pas voulu être aimée de toi à la façon d’une épouse possible. Je veux être pour toi quelque chose d’exceptionnel et d’unique, quelque chose sans lendemain, comme tu l’auras été pour moi.

Tu m’as enlevé vers l’amour comme un aigle enlève un enfant. Tu es l’aigle de l’Aquila.

Voyez ce gentil Ganymède qui me prend pour Jupiter, dit-elle en l’embrassant.
"

Note d’Oriane (encre bleue) : l’inversion des rôles…

11/04/2007 5:36
Ollier Claude, Le maintien de l’ordre (0 commentaire)
"Quelques jours d’intimidation réussissent d’ordinaire à imposer silence, à détourner de toute activité contraire à leurs desseins. Sinon, ils ne tardent pas à mettre en œuvre le processus second, simple et direct : mitraillade à blanc, bombe sous la voiture, coups de feu, le soir, dans les fenêtres éclairées. Et plus tard, dans les cas d’exceptionnelle obstination… Certains exemples récents ne laissent aucun doute sur leur détermination, la précision de leurs armes, la constante impunité dont ils jouissent…"

Note d’Oriane (feutre vert) :
La disparition du Général Proust.

23/03/2007 13:58
Kundera, Risibles amours (Trad. F.Kérel) (0 commentaire)
"Nous traversons le présent les yeux bandés. Tout au plus pouvons-nous pressentir et deviner ce que nous sommes en train de vivre.

Plus tard seulement, quand est dénoué le bandeau et que nous examinons le passé, nous nous rendons compte de ce que nous avons vécu et nous en comprenons le sens.

Je m’imaginais, ce soir-là, boire à ma réussite et je ne me doutais pas le moins du monde que c’était le vernissage solennel de ma fin.

Et parce que je ne me doutais de rien, je m’éveillai de bonne humeur le lendemain, et tandis que Klara dormait encore d’un sommeil heureux je pris l’article joint à la lettre de M. Zaturecky et me mis à le lire au lit avec une indifférence amusée."

Note : Carmen et Don Juan in
Le sens de la vie

22/03/2007 8:12
Kongoli Fatos, Le rêve de Damoclès (Trad. E Tupja) (0 commentaire)
"Je l’ai revue vers le début d’avril, cette fois dans le bar en face de la faculté. J’étais là, dans un coin ? Elle est venue à ma table avec l’aplomb de quelqu’un sûr de son ascendant sur les autres, et ce n’était pas faux :

elle exerçait une sorte d’ascendant sur moi, peut-être parce qu’elle était jolie.

Peut-être aussi parce qu’elle était entrée, sans que je sache comment, dans mes pensées."

Note d’Oriane (plume, encre de Chine noire) : c’est le portrait de Carmen dans les écrits de Marc Hodges; c’est celui aussi de Rachel… Il est vrai que j’ai un peu de mal à imaginer l’effet qu’elles produisent sur les hommes. En tous cas, c’est celui qu’elles produisent sur moi.

13/03/2007 5:07
Ionesco, Le solitaire (0 commentaire)
"Les valeurs absolues, cela n’existe pas.

Dans ce globe, qui est un globe pris dans un globe qui est dans un globe qui est dans un globe. De nouveaux cet affreux vertige. Je me dirigeai vers le buffet. Ouvris le battant, pris la bouteille de cognac. Je bus l’un après l’autre cinq verres. Dieu que c’était bon. Toutes les questions s’émoussent…"

Note d’Oriane (Bic bleu) : «dans ce blog qui est un blog qui est dans un blog qui est dans un blog…», Internet me donne le même sentiment d’infinitude dérisoire que celle que donne l’univers à Ionesco. Cet immense réseau plein de plein et de vide, de vide plein et de plein qui devient du vide provoque chez moi le même sentiment de relativité absolue des choses. Le personnage de Ionesco l’oublie dans le cognac. Pour moi, ce serait plutôt dans l’amour… plus exactement dans le sexe. L’orgasme seul, soumettant l’esprit au corps, parvient à me rendre à moi-même.

12/03/2007 8:50
Hölderlin, Lettre du 10 janvier 1797 à Johann Gottfried Ebel (0 commentaire)
«Je sais qu’il est infiniment douloureux de prendre congé d’un endroit où l’on a vu s’épanouir dans nos espoirs tous les fruits et toutes les fleurs de l’humanité. Mais il nous reste nous-même et quelques-uns, et n’est-ce pas une belle chose aussi que de trouver tout un monde en soi-même et en quelques-uns?

D’une manière générale je me console à l’idée que toute fermentation et toute dissolution aboutissent nécessairement soit à l’anéantissement, soit à une organisation nouvelle. Mais il n’y a pas d’anéantissement, donc la jeunesse du monde doit ressurgir de notre décomposition.

On peut bien dire avec certitude que jamais le monde n’a présenté un aspect aussi chaotique qu’à présent. Il n’est qu’une infinie variété de contrastes et d’oppositions.

De l’ancien et du nouveau ! Culture et sauvagerie ! Méchanceté et passion!»

Note (crayon de couleur noir) : je me demande toujours si l’éternité de la littérature ne repose pas simplement sur ses expressions fréquentes de lieux communs qui, par suite, ne peuvent pas vieillir. Ce qu’écrit-là Hölderlin pourrait être écrit aujourd’hui sans changer un seul mot…


05/03/2007 14:23
Giraudon-Grangaud-Lapeyrère-Portugal, Marquise vos beaux yeux (0 commentaire)
"J’ai toujours voulu que chacun de mes livres soit nouveau pour moi un autre ton un autre type de discours une nouvelle façon d’entrer dans le vif un nouveau cadrage

Quant à moi qui suis dans le rayon poésie, je ne connais que la fiction, je vis dedans depuis l’enfance, vivant dans les mots. Je n’ai jamais su où était le réel. «La réalité en face ? La quoi ?»"

Note d’Oriane (feutre orange) : sans commentaire…

27/02/2007 6:17
Ermakov Oleg, Hiver en Afghanistan (Trad. F Gréciet) (0 commentaire)
"Dehors la neige tombait.

Quelque chose lui disait qu’il ne viendrait pas tout de suite. Il ne viendrait pas à onze heures ni à midi. Il viendrait dans trois heures, ou dans six heures, mais tout de suite, non, impossible, il ne pouvait pas être là si vite, ça ne se passe pas comme ça.

A midi, la neige se fit moins dense, puis le temps se dégagea progressivement pour donner une claire journée de gel mais le ciel n’était pas bleu, il restait gris. Le monde était frais et potelé."

Note d’Oriane (bic rouge) : ne dirait-on pas un passage de
Ganançay alors que Zita et Saint Loup sont réfugiés à Andijan ?

26/02/2007 9:39
Endô Shûsaku, Le fleuve sacré (Trad. M N Mordvinoff) (0 commentaire)
"Sa mentalité est très ordinaire, on pourrait même dire qu’il est extrêmement conventionnel.

Il prend toujours bien soin d’adopter les mêmes valeurs morales que la majorité et craint par-dessus tout de s’aventurer hors des sentiers battus, son désir le plus cher étant de mener une vie sans problèmes.

Toutefois le fait d’avoir constamment cet homme anodin à ses côtés lasse inexplicablement Thérèse."

Note d’Oriane (gros feutre noir) : ce portrait pourrait ressembler à celui de tant de personnes (hommes ou femmes) que je connais!… De même la relation d’ennui dans le couple est si banale… Je n’ai pas connu cela avec le
Général qui, au contraire, ne vivait que dans la mesure où il prenait des risques, parfois démesuré et si j’ai cherché des amants quelquefois anodins, comme Charlus, c’est que, dans cette relation, je trouvais enfin un peu de calme et de certitude.

24/02/2007 7:10
Durrell Lawrence, Le carnet noir (0 commentaire)
"C’est le jour que j’ai choisi pour commencer ce journal, parce qu’aujourd’hui nous sommes morts parmi les morts : et ceci est un agon pour les morts, une chronique pour les vivants.

Il n’y a pas d’autre façon d’exprimer cela.

Il y a une correspondance entre le présent, cet engourdissement, cette inertie, et cette réalité passée d’une mort, dont le sens est symbolique, mythique, mais réel aussi dans son symptôme."

Note d’Oriane (bic noir) : pourquoi faut-il que je sois presque toujours d’accord avec ce qu’écrivent les écrivains qui me plaisent ? Est-ce que cela signe une absence de personnalité, une faiblesse de l’intelligence ou est-ce simplement que je ne lis que ce que je suis ? Tout cela serait dramatique…

16/02/2007 6:33
D’Ormesson Jean, Le vent du soir (0 commentaire)
"…le reste ? Le tissu des jours ? l’odeur des nuits ? la qualité particulière du temps qu’ils avaient vécu ? Voilà, au cœur des aventures les plus improbables, mais surtout dans le quotidien et sa banalité, ce que j’aurais voulu rendre."

Note d’Oriane (feutre mauve) : l’exhaustivité… les mots échoueront toujours à faire éprouver la totalité submersive d’une expérience. Les mots ne sont pas la vie, le récit ne peut pas être la vie et ceux qui consacrent leur vie à la littérature la perdent.

12/02/2007 5:45
Coetzee J.M, Au cœur de ce pays (Trad. S. Mayoux) (0 commentaire)
"La nuit tombe. Mon père et sa nouvelle femme batifolent dans la chambre à coucher. La main dans la main, ils caressent son ventre, espérant le faire scintiller et fleurir. Ils s’enlacent ; elle l’enveloppe de sa chair ; ils gloussent et gémissent. Ils vivent des heures délicieuses."

Note d’Oriane (stylo encre noire) : un bien beau livre. Je ne peux m’empêcher, en lisant ce passage, de penser aux
poèmes à Gilberte de Marc Hodges — ou pour Gilberte, je ne sais plus trop —, il y a dans ce fragment d’érotisme une impudeur tranquille, naturelle qui est la caractéristique de ces poèmes écrit dans des moments d’exaltation, plus exactement de rapt (au sens du mot latin raptus, de fuite hors de soi…). Toujours les mêmes, infinis en nombre, ils sont toujours différents car, comme des papillons fascinés par la lumière d’une lampe, ils tournent autour de ce moment particulier, indescriptible, et qui ne peut être rendu que par la rotation elle-même.

07/02/2007 4:56
Cathrine Arnaud, Les yeux secs (0 commentaire)
"L’entrée forme une vaste pièce qui s’élève d’un seul tenant jusqu’au premier étage. Un escalier de marbre y conduit. Une balustrade en fer forgé contourne les trois pans de murs principaux et dessert les chambres. Le hall est sombre. Les rideaux de l’unique fenêtre sont tirés. On discerne cependant la couleur pourpre des tentures.

Les deux exécutants baissent leurs armes dans l’attente d’un ordre de retrait."

Remarque de MH : j’essaie de rendre la façon dont Oriane rédige ses notes (manuscrites je dois le rappeler) en utilisant des tailles de police de caractères différentes. J’avoue cependant ne pas avoir réussi à comprendre à quoi correspondent exactement les couleurs de ses écritures — Bien que je sois persuadé qu’il y a un système — et les tailles différentes des fragments.

Note d’Oriane (feutre noir) : intéressant pour un décor de roman. Il faudrait cependant, à mon sens, donner de l’ampleur, agrandir les volumes, rendre tout cela plus solennel…

05/02/2007 9:39
Calvino Italo, Temps zéro (Trad. J Thibaudeau) (0 commentaire)
"Désormais la lutte est engagée entre ceux qui existent et voudraient être éternels, et nous qui n’existons pas et voudrions être, ne serait-ce qu’un peu.

Dans la crainte d’une erreur accidentelle qui ouvrirait le chemin à la diversité, ceux qui existent augmentent les dispositifs de contrôle : si les ordres de reproduction  résultent de la comparaison de deux messages distincts et identiques, les erreurs de transmission sont plus facilement éliminées."

Note d’Oriane (crayon de papier rouge) : éternelles revendications. Où l’on retrouve mon commentaire sur l’extrait de Sade que j’ai recopié quelque part dans mon carnet. Les auteurs dialoguent ainsi, parfois  à leur insu, parfois visiblement, parfois de façon honteuse… mais ils dialoguent au moins dans la tête de leurs lecteurs y produisant ainsi des œuvres nouvelles dont la plupart ne verront jamais le jour. La littérature n’est qu’un immense, infini et muet dialogue…

Note de MH : j’ai oublié de préciser à mes lecteurs que si, parfois, j’écris «commentaire d’Oriane», parfois «note», parfois «remarque»… ce n’est en rien une fantaisie de ma part, c’est Oriane Proust elle-même qui intitule ainsi ses interventions.

23/01/2007 10:17
Bashevis Singer Isaac, Le magicien de Lublin (Trad. G.Bernier) (0 commentaire)
Oriane commence cette page de son carnet par une introduction (feutre rouge) : je lis beaucoup, je lis n’importe quoi et n’arrive pas à me faire une idée précise de ce qu’est la littérature, du fait que tel texte fonctionne et tel autre non. Ainsi je ne saurais dire vraiment ce qui m’attire dans cette page d’un livre trouvé un jour dans un train. Peut-être les circonstances de cette trouvaille y sont-elles pour quelque chose.

«De minuscules lueurs éclairaient fugitivement l’obscurité. Des senteurs émanaient de la verdure par bouffées. Yasha souleva la main gantée d’Emilia et posa un baiser sur son poignet.

Il se sentait de nouveau envahi par son amour pour elle. Il désirait passionnément son corps.

Le visage restait plongé dans l’ombre, mais les yeux luisaient comme deux pierres précieuses aux reflets d’or et de feu, chargés de promesses pour la nuit. La rose que Yasha lui avait achetée, tandis qu’ils se rendaient au théâtre, répandait un parfum enivrant. Il approcha ses narines de la rose et eut l’impression de respirer l’odeur même de l’univers.»

Note (feutre bleu) : un fragment de texte tel celui-ci suffit à remplir mon esprit et mon imagination durant un laps de temps très long. Il m’ôte le désir de lire la suite, me laisse en suspension dans la rêverie comme un satellite tournant sans fin autour d’une planète.

17/01/2007 12:29
Acton Harold, Pivoines et poneys (Trad. C. Thimonier) (0 commentaire)
"Ils se montrèrent insensibles aux cahots et aux secousses, aux nuages de poussière.

La campagne à son apogée était un remède rafraîchissant, et l’azur du ciel ouvrait les vannes à des sensations inédites qui les électrisaient.

Leurs veines semblaient remplies d’un nouveau fluide et leur peau avait revêtu un nouvel éclat. Le proverbe qui veut que le soleil brille également pour chacun se trouvait pris en défaut."

Note d’Oriane (Bic bleu légèrement baveux) : il y a dans cette description quelque chose de profondément vrai dans son érotisme subliminal. Je verrais bien cela dans un des poèmes de Marc Hodges pour Gilberte, quelque chose comme : « la campagne à son apogée était un euphorisant » ou « la campagne omniprésente était un filtre amoureux » ou « l’azur du ciel électrisait les corps » ou « le bleu du ciel (tiens, Bataille…) lâchait la bride à leur désir », etc.



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